wojciech jerzy has

 

Manuscrit trouvé à Saragosse, de Wojciech Has

2005-01-06

Les détails peuvent avoir plus d'importance qu'il n'y paraît au premier abord. Dans l'extraordinaire manière de penser qui a été la sienne lorsqu'il a travaillé à l'adaptation du roman de Potocki, Has avait prévisualisé le moindre détail et ce qui en résulterait pour l'ensemble du film. Le titre d'un film ou les dialogues et les sous-titres des versions étrangères font partie intégrante de l'œuvre, puisqu'ils la font exister dans l'esprit des spectateurs, et certaines facilités ou interprétations peuvent devenir des trahisons.

Les aventures de la version française

"Manuscrit" vs "Le manuscrit"

On peut noter que, dès la projection du film en marge du festival de Cannes 1965, une certaine confusion règne quant à son titre français. On trouve aussi bien "Le Manuscrit trouvé à Saragosse" que "Manuscrit trouvé à Saragosse". Pourtant, seul ce dernier titre peut être attribué au film de Wojciech Has. C'est d'ailleurs le titre qui figure sur les copies de la version courte avec sous-titres français, dans la version établie en 1966 par Anna Posner comme dans celle établie en 1987 par Gilberte Crépy et Zygmunt Szymański.

Et comment pourrait-il en être autrement ? Chaque film du cinéaste, à l'exception de "Złoto" ('L'or de mes rêves"), est une adaptation d'une œuvre littéraire, et Has a chaque fois donné à son film le titre exact de l'œuvre adaptée. Certes, la traduction du polonais au français autorise quelques modifications, d'autant plus qu'il n'y a pas d'article, défini ou indéfini, en langue polonaise. Oui, mais le roman a été écrit directement en français, une langue que Potocki connaissait admirablement. Ce n'est donc pas par hasard qu'il a intitulé son œuvre "Manuscrit trouvé à Saragosse", titre que l'on retrouve dans l'édition de la version intégrale du roman publiée chez Corti.

On ne peut donc que regretter que, pour le film de Wojciech Has, le titre fautif tende à supplanter le titre véritable, et cela autant du fait de l'édition DVD – qui contient par ailleurs de nombreuses erreurs - que de la copie avec sous-titres français de la version intégrale du film qui circule en France depuis un an.

Maladresse des sous-titres

Un autre regret provient des sous-titres eux-mêmes, identiques pour le film et le DVD. Les exemples qui suivent permettent de juger du préjudice porté au film du fait de :

Contresens

"Notre mère voyant cela nous permit de rester vieilles filles" au lieu de "Notre mère en voyant cela nous a assurées que nous pourrions rester filles"

"Je l'écouterai avec autant d'attention" au lieu de "J'entendrai alors des détails plus intéressants"

"Selon notre méthode..." au lieu de "Selon notre système..."

Absurdités, voire non-sens absolus

"Ne t'en fais pas." au lieu de "C'est le mérite de nos chevaux."

"Après vous." au lieu de "Un cheval suit son maître."

"Le livre du Sepher Zoohâr nous initie aux mystères des Séfarades..." au lieu de "Grâce aux livres du Sepher Zohâr (...) on peut connaître les Séfiroths..."

Tandis que la phrase qui suit immédiatement, "Les démons et les cauchemars me passionnent tout particulièrement", fait tout bonnement disparaître les vampires hongrois et polonais, c'est-à-dire la deuxième allusion politique du film (cf. Un film subtilement corrosif), tout comme disparaissent les deux invocations aux saints Aparisote et Parasite.

Et les nombreux "señor" et "señores" qui émaillent le dialogue polonais sont affadis par leur transformation en "seigneur(s)" ou "messeigneurs".

Anne Guérin-Castell

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